L’Histoire de France, une discipline en péril?

14 novembre

Deux ouvrages, l’un de Laurent Wetzel, l’autre de Dimitri Casali, s’élèvent contre la diabolisation de l’histoire nationale, la nouvelle façon de la traiter et de l’enseigner et le politiquement correct.

di Marc Riglet, da L’Express culture del 13/11/2012 

L’enseignement de l’histoire est un enjeu politique et idéologique de première grandeur. L’histoire est aussi un savoir dont l’établissement requiert l’observation de règles et de disciplines dont on attend, qu’à défaut de produire des “vérités”, elles aident à l’intelligence du passé. L’ambition de cette science humaine est donc grande. Aussi bien est-il sage de la pratiquer avec humilité et en gardant à l’esprit qu’elle est “une reconstruction problématique et incomplète de ce qui n’est plus”, selon la formule de Pierre Nora.

Longtemps, le fait que l’écriture de l’histoire a été indissociable de la construction des nations, et qu’elle en fournit le récit, n’est pas apparu comme une incongruité. En France, c’est au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans les milieux pacifistes du syndicalisme enseignant, que naissent les premières indignations contre ces histoires nationales, accusées d’avoir été les fourriers des nationalismes fauteurs de guerre.

La critique de l’enseignement de l’histoire comme récit national est aujourd’hui plus ample. En France, en particulier, cette critique se porte bien. Du récit national, il conviendrait désormais d’en exposer moins les lumières que les noirceurs. Il s’agirait aussi de sortir le récit historique de son pré carré national et de l’élargir aux grands espaces des cultures du monde. Sur les décombres de l’idéologie républicaine qui assignait à l’école l’objectif de fabriquer des citoyens français, l’heure est donc à la formation de “citoyens du monde”.

On ne sera pas surpris qu’en réaction à cette nouvelle doxa des indignations inversées se soient fait jour. Deux récents livres, au ton polémique assumé, disent l’inquiétude de ceux qui pensent que l’histoire nationale n’est pas diabolique en soi, et aussi que les nations, en tant que telles, ne méritent ni honneur ni indignité, et surtout que ce sont bien elles qui constituent le cadre de toute démocratie possible.

Le premier de ces ouvrages, Ils ont tué l’histoire-géo de Laurent Wetzel, est anecdotique mais instructif. Les exemples qui remplissent le dossier d’une discipline en péril sont, en effet, légion. C’est, par exemple, le projet de réduire l’histoire et la géographie au statut d’option dans les classes terminales S, projet heureusement défunt. Ce sont les bourdes accumulées par les autorités universitaires, comme ce “faux” document proposé à l’analyse des candidats à l’agrégation. Et puis, c’est l’inculture historique qui gagne nos élites et le procès du “charabia extravagant” qui tient lieu de pensée pédagogique aux technocrates de l’Education nationale dont les pouvoirs doivent moins à leurs mérites intellectuels qu’à leur habileté politique.

Le deuxième ouvrage, L’Histoire de France interdite, est plus ample. Dimitri Casali s’y livre à la critique serrée des effets délétères de l’influence de l’Ecole des Annales sur l’enseignement de l’histoire. L’histoire nationale se sera diluée dans l’histoire des “civilisations”. A l’approche chronologique, on aura substitué l’étude thématique des “grands problèmes” du monde. Surtout, l’auteur s’élève véhémentement contre les ravages du politiquement correct et les censures à quoi il expose. Si vous êtes irrité par l’histoire “repentante”, par son instrumentalisation communautaire et par la débauche de lois mémorielles, ce livre est pour vous.
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Inserito su www.storiainrete.com il 14 novembre 2012

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