Marc Ferro lève le voile sur le secret des Romanov

17 dicembre

La révolution de 1917, vous y travaillez depuis un demi-siècle, c’est cela ?

Depuis 1960. Au début, l’histoire des Romanov ne m’a pas du tout intéressée. Moi, je voulais comprendre les rapports entre léninistes, trotskistes, socialistes… et ce qu’étaient réellement les Soviets. La tragédie des Romanov, ce n’était qu’un fait divers de la Révolution.

di Bernard Le Solleu da Ouest-France del 16 dicembre 2012 Ouest-France, toute l’actualité locale et internationale

Pourquoi avez-vous changé d’avis ?

Leur destin nous fait passer du fait divers à la grande Histoire. C’est le sort de l’Europe qui se joue en réalité autour des Romanov, dans des négociations secrètes menées par Tchitcherine, le commissaire du peuple en charge des Affaires étrangères.

Qu’est-ce qui vous a fait douter de la version officielle ?

J’étais surpris que les comptes rendus sur la mort des Romanov, par les Blancs et par les Rouges, coïncident à quelques détails près. Alors que quatre Bolcheviks de très hauts rangs, dont Tchitchérine et Zinoviev, membre du bureau politique, avaient affirmé que seul le tsar avait été exécuté. Ensuite, ils se taisent. Bizarre, bizarre…

Quoi d’autre ?

Lénine, quelques mois après le traité de Brest-Litovsk conclu avec Guillaume II, qui met fin aux combats sur le front de l’Est, écrit en avril 1918, deux mois avant l’exécution du tsar, placé en résidence surveillée : « Moi, je préfère discuter avec les Allemands. »

Pourquoi les chefs bolcheviks n’ont-ils pas intérêt, selon vous, à exécuter la tsarine et ses enfants ?

L’impératrice est une princesse allemande. L’une de ses filles, Olga, est la filleule de Guillaume II. L’empereur se fiche du sort du tsar, mais pas de celui de la tsarine et des princesses. Quant aux Bolcheviks, leur régime est encore très chancelant, il y a la guerre civile, les armées blanches… L’accord de paix avec Guillaume II est primordial. Mais Lénine ne pouvait pas clamer qu’il avait négocié une seconde fois avec les impérialistes allemands. Qu’il avait tué un tsar russe pour sauver des princesses allemandes ! Ce n’était pas très populaire. D’où le secret.

C’est un roman policier : il y a des imposteurs, des escrocs, de faux tests ADN…

Le soviet de l’Oural qui détenait la famille à Ekaterinbourg, a fait semblant d’exécuter tout le monde. Ils n’ont tué que le tsar et avec lui, pour donner le change, son médecin, sa dame de compagnie et des femmes de chambre. La tsarine et ses filles ont été conduites vers Perm, à mi-chemin de Moscou, avant de rejoindre Kiev, en Ukraine, occupée par l’Allemagne.

L’une des filles, Anastasia, réapparaît à Berlin dès 1919. Mais personne ne la croit ?

Elle pense être la seule survivante du massacre. Elle croit que les autres ont été exécutées à Perm. Elle s’est échappée avec son copain. À Berlin, elle est dans un drôle d’état. Elle a été violée, elle est enceinte. On la prend pour une affabulatrice. Et ceux qui sont dans le secret préfèrent garder le silence. Chez les Blancs, par ailleurs, le tsar et sa famille sont déconsidérés.

Les vieilles familles royales jouent un rôle ambigu, non ?

Georges V, en Grande-Bretagne, n’a pas eu le courage de tenter le sauvetage de son cousin le tsar. Guillaume II ne pense qu’aux Allemandes. Il ne faut pas oublier que c’est la guerre, que le mouvement révolutionnaire se développe dans toute l’Europe. Ils ne veulent pas attiser le feu. D’autre part, tout se joue entre une nébuleuse de princes, car les principaux dirigeants du parti bolchevique sont tous ¯ sauf un ¯ des nobles et des aristocrates.

Et on voit apparaître le Vatican. Pourquoi ?

Le Pape fournit les couvents qui accueillent l’impératrice et deux de ses filles. L’un en Pologne, l’autre en Italie. Par ailleurs, les Romanov n’ont pas placé leur fortune dans un seul panier. Le Vatican est l’un des coffres-forts. L’autre est anglais. L’hiver dernier, une consoeur américaine m’a appelé en me disant : « Vous aviez raison… J’ai retrouvé le journal d’Olga, la fille du tsar. » Où ? Au Vatican.

Et le fils du tsar, Alexis, 13 ans, hémophile, a-t-il été tué ?

Il y a plusieurs hypothèses. Des versions quelque peu fantastiques ont circulé. Trois médecins ont assuré avoir rencontré beaucoup plus tard le fils d’Alexis. Le tsarévitch serait devenu cordonnier dans l’Oural. Un cordonnier qui parlait plusieurs langues, citait du Tchekhov et du Dostoïevski. Mais comme tout est romancé concernant Alexis, rien n’est vérifiable.

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