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Molotov, il grande punto interrogativo della storia sovietica

Qui était vraiment ce fin lettré, responsable sous Staline de la mort de Mandelstam et Chalamov ? Un des grands livres de la rentrée. Préfacée par Danièle Sallenave, voici une plongée inédite dans la Russie de Staline. En ce temps-là, un immeuble du centre de Moscou était réservé aux grands dignitaires du régime. Molotov – le seul d’entre eux qui soit mort de mort naturelle, en 1986, à 96 ans – y était logé. Rachel Polonsky, professeur de littérature russe à Cambridge, ayant appris qu’une partie de sa bibliothèque était restée sur place, obtint de visiter son appartement. Elle découvrit que celui qui négocia le pacte germano-soviétique et signa plus de 40 000 condamnations à mort était un fin lettré.

di Dominique Fernandez da Le nouvel Observateur del 9 agosto 2012

«Demandez-moi ma biographie, et je vous dirai les livres que j’ai lus», disait Ossip Mandelstam. Le cas de Mandelstam, justement, illustre les contradictions et la folie des dirigeants soviétiques. Molotov s’entremit personnellement pour arranger un voyage en Arménie au poète, quand son inspiration commençait à tarir. Consignes furent données aux autorités locales pour qu’il reçût le meilleur accueil. «L’Arménie rendit à Ossip ses dons poétiques», a reconnu sa femme, Nadejda. Quelques années plus tard, le même Molotov expédia en Sibérie et à la mort celui qu’il avait sauvé de la dépression.

Les ouvrages de politique et d’économie formaient le gros de la bibliothèque, qui comprenait aussi des classiques russes – Pouchkine, Dostoïevski, Tchekhov -, une «Histoire de France» de Guizot, une vie d’Edgar Poe, une édition illustrée de «la Divine Comédie», un essai sur l’émigré et traître Ivan Bounine. On pourrait s’en étonner, car Varlam Chalamov, autre de ses victimes illustres envoyées par les soins de Molotov au Goulag, vit sa peine prolongée après qu’on l’eut surpris à louer la prose de Bounine.

L’ouvrage de Rachel Polonsky nous mène dans les villes marquées par le passage de Molotov: Novgorod, où l’on croise Nicolas Roerich, le grand peintre qui a fait les décors du «Sacre du printemps»; Staraïa-Roussa, où Dostoïevski a écrit «les Démons»; Rostov-sur-le-Don, qui donne l’occasion d’évoquer Pasternak et Tsvetaïeva; Taganrog, où Tchekhov s’est imprégné à jamais de la mélancolie de la steppe; Vologda, où se trouve la maison d’enfance de Chalamov; Arkhangelsk et Irkoutsk. On s’éloigne de Molotov, mais avec cette promenade intelligente dans les paysages, l’histoire et la culture russes, on descend dans les profondeurs d’une «âme» décidément aussi impénétrable que fascinante.

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Inserito su www.storiainrete.com il 23 agosto 2012

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